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Thomas H. HUXLEY

Philosophes modernes
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Thomas H. HUXLEY
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thomas HUXLEY par VIS PHILO

Thomas H. HUXLEY

1825 – 1895

Thomas Henry HUXLEY était un biologiste, vulgarisateur scientifique et grand défenseur de Darwin dans l’Angleterre victorienne. Mais il a aussi élaboré une position philosophique influente : l’agnosticisme, terme qu’il forgea en 1869 pour définir une attitude rigoureuse face aux limites de la connaissance.

Pour lui, l’agnosticisme n’est ni une religion, ni une doctrine affirmant que Dieu n’existe pas. C’est avant tout une méthode intellectuelle : on doit suivre la raison et les preuves aussi loin qu’elles conduisent, sans prétendre savoir avec certitude ce qui n’est ni démontré ni démontrable. Ainsi, concernant Dieu, l’âme immortelle ou l’origine ultime du monde, il suspend son jugement : il estime que l’on ne dispose pas de preuves suffisantes pour affirmer ou nier catégoriquement ces réalités.

Sa philosophie est donc une forme d’empirisme critique, héritière de David Hume et, sur certains points, de Kant. La science peut établir des connaissances sur les phénomènes observables, contrôlables et soumis à l’expérience ; elle ne peut pas légitimement franchir ce cadre pour parler avec certitude d’une réalité métaphysique située « derrière » ou au-delà de l’expérience. Il refusait autant le dogmatisme théologique que le matérialisme athée qui prétendrait résoudre définitivement les questions ultimes.

Chez lui, l’épiphénoménisme est une thèse centrale sur l’esprit et le corps, exposée surtout dans son discours de 1874, On the Hypothesis that Animals are Automata. Il y soutient que les états de conscience (sensations, sentiments, pensées telles qu’on les vit) sont réels, mais qu’ils sont des effets collatéraux des processus physico-chimiques du cerveau et du système nerveux, sans pouvoir à leur tour agir sur ces processus.

Pour le dire avec sa célèbre image : la conscience est au corps ce que le sifflet à vapeur est à une locomotive. Le sifflet accompagne le fonctionnement de la machine et en dépend, mais il n’influe pas sur son mouvement ; de même, selon Huxley, la conscience accompagne l’activité nerveuse sans la déterminer. Les comportements, y compris les actions que nous attribuons à la « volonté », sont entièrement expliqués par des chaînes de causes physiques dans l’organisme. Il ne nie donc pas l’existence de la conscience (contrairement à un matérialisme éliminativiste), mais il refuse de lui accorder un rôle causal dans l’explication scientifique du comportement. Sur le plan métaphysique, cela revient à un dualisme très affaibli : il y a bien quelque chose comme un « esprit » ou une vie consciente, mais celle-ci est un épiphénomène, un « spectateur inerte » des mécanismes corporels.

Cette position s’inscrit dans son projet plus large de naturaliser la biologie et de soumettre l’être vivant à des lois mécaniques, tout en restant fidèle à son agnosticisme : il admet que le lien exact entre irritation nerveuse et état de conscience reste inexpliqué, voire mystérieux, mais il refuse d’en tirer des conclusions métaphysiques sur une âme immatérielle ou une liberté surnaturelle. Il reconnaît explicitement le caractère énigmatique du passage du physique au conscient, tout en maintenant que la science doit traiter le corps comme un automate.