

Piotr LAVROV était un philosophe, sociologue et révolutionnaire russe, l'une des figures les plus importantes du mouvement populiste et de la pensée socialiste russe du XIXe siècle. Officier d'artillerie et professeur de mathématiques à l'École d'artillerie de Saint-Pétersbourg, il développa parallèlement une pensée philosophique et sociale qui le conduisit à l'engagement révolutionnaire. Arrêté en 1866, exilé en province, il s'évada en 1870 et s'établit à Paris où il demeura jusqu'à sa mort, collaborant avec la Première Internationale et les mouvements socialistes européens.
Son œuvre philosophique principale, les Lettres historiques (1868-1869), publiées sous pseudonyme dans une revue progressiste, connurent un succès extraordinaire dans les milieux populistes russes et devinrent l'un des textes fondateurs du mouvement « Aller au peuple » des années 1870. Sa thèse centrale est la théorie du progrès comme développement de l'individu critique : le progrès n'est pas un processus automatique mais dépend de l'action d'individus critiquement pensants qui prennent conscience de leur dette envers le peuple dont le travail a financé leur éducation. Cette dette morale crée l'obligation d'agir au service de l'émancipation populaire.
Sa philosophie positiviste, exposée dans ses Essais sur l'histoire de la pensée, cherche à fonder une sociologie scientifique sur des bases empiriques tout en maintenant l'irréductibilité de la dimension éthique. Son journal parisien Vperiod ! (En avant !) fut l'un des principaux organes de la pensée populiste révolutionnaire russe. Lavrov incarne la figure du philosophe-révolutionnaire, pour qui la réflexion théorique et l'engagement pratique sont inséparables.