

Gilbert SIMONDON était un philosophe français, auteur d'une œuvre d'une originalité et d'une profondeur exceptionnelles sur l'individuation, la technique et la relation entre l'humain et la machine. Il fut professeur à l'Université René Descartes (Paris V) et l'un des esprits les plus inventifs de la philosophie française de son époque. Sa pensée, longtemps restée confidentielle, connaît depuis les années 1990 un regain d'intérêt considérable dans les domaines de la philosophie, des sciences humaines et des théories du numérique.
Sa thèse principale, L'individuation à la lumière des notions de forme et d'information (soutenue en 1958, publiée dans son intégralité en 2005), est l'une des œuvres philosophiques les plus originales du XXe siècle. Il y développe une ontologie de l'individuation qui renverse la primauté traditionnellement accordée à l'individu constitué : ce n'est pas l'individu qui précède l'individuation, mais l'individuation qui engendre l'individu. Cette thèse, illustrée par des analyses de la physique, de la biologie et de la psychologie, débouche sur une philosophie originale de l'être comme système en déséquilibre permanent.
Sa thèse complémentaire, Du mode d'existence des objets techniques (1958), est une philosophie de la technique d'une rare profondeur. Contre la vision instrumentale qui réduit la machine à un simple outil, il montre que les objets techniques ont leur propre mode d'existence, leur propre « genèse » et leur propre « concrétisation ». Il plaide pour une culture technique qui reconnaîtrait la réalité propre des objets techniques et permettrait à l'homme de s'y rapporter de manière non aliénée. Cette œuvre a influencé des penseurs comme Gilles Deleuze, Bernard Stiegler et de nombreux théoriciens des nouvelles technologies.