

Jean-François LYOTARD était un philosophe français et figure du postmodernisme. Professeur à l'Université de Paris VIII-Vincennes puis à Paris X-Nanterre, avant d'enseigner dans plusieurs universités américaines. Sa pensée embrassa successivement le marxisme critique, la phénoménologie, la philosophie du langage et l'esthétique, pour aboutir à une remise en cause radicale des « grands récits » de la modernité.
Son œuvre la plus influente, La Condition postmoderne (1979), rédigée comme rapport sur le savoir pour le gouvernement du Québec, diagnostiqua avec une clarté saisissante l'épuisement des grands récits de légitimation de la modernité — le progrès, l'émancipation, la vérité — dans les sociétés post-industrielles. Cette « incrédulité envers les métarécits » définit pour lui la condition postmoderne : un monde de jeux de langage multiples et hétérogènes, sans fondement unificateur. Cette thèse, largement diffusée et âprement débattue, fit de lui l'un des théoriciens les plus discutés à l'échelle internationale.
Dans Le Différend (1983), son œuvre philosophique la plus rigoureuse, il développa une philosophie du langage fondée sur l'hétérogénéité irréductible des régimes de phrases et des genres de discours. Le « différend » désigne la situation d'un tort qui ne peut trouver d'expression dans les règles d'un seul genre de discours. Cette réflexion, nourrie de Wittgenstein et de Kant, débouche sur une éthique de l'obligation de témoigner du différend. Son œuvre sur le sublime kantien, notamment L'Inhumain (1988) et Leçons sur l'Analytique du Sublime, est également d'une grande profondeur.