

Fiodor CHTCHERBATSKOÏ était un orientaliste, philosophe et bouddhiste russe, le fondateur de l'école russo-soviétique des études bouddhistes et l'un des plus grands spécialistes mondiaux de la philosophie bouddhiste classique. Professeur à l'Université de Saint-Pétersbourg, membre de l'Académie des sciences de Russie, il contribua de manière décisive à l'introduction des études bouddhistes dans le monde académique occidental, en traduisant et en interprétant les textes philosophiques bouddhistes pour un public européen.
Sa contribution principale est une double démarche : d'un côté, la traduction et le commentaire des textes philosophiques bouddhistes majeurs — notamment les œuvres de Dignaga et Dharmakirti (logiciens et épistémologues bouddhistes du Ve-VIIe siècles) et du canon pali — et de l'autre, un effort d'interprétation philosophique comparée mettant en dialogue la philosophie bouddhiste avec la pensée européenne moderne (Kant, Hegel, la philosophie analytique naissante). Ses deux ouvrages majeurs en anglais — The Central Conception of Buddhism (1923) et Buddhist Logic (2 volumes, 1930-1932) — restent des références fondamentales pour les études bouddhistes mondiales.
Son interprétation de la philosophie bouddhiste à travers le prisme du néokantisme — rapprochant la doctrine bouddhiste de la relativité phénoménale de la réalité des thèses kantiennes sur la construction de l'expérience par les formes a priori de la sensibilité et de l'entendement — constitue une approche herméneutique originale et féconde, quoique discutée. Sa capacité à maintenir une activité académique de haute qualité dans le cadre soviétique des années 1920-1930 est remarquable. Il est une figure emblématique du dialogue entre la pensée orientale et la philosophie européenne.