Accueil

Situationnisme

Courants de pensée occidentaux
139 / 165
Vidéo — Situationnisme
les situationnistes par minutes rouges

Situationnisme

1957

Le Situationnisme est un mouvement à la fois artistique et politique, né en 1957 et dissous en 1972, qui a voulu transformer la vie quotidienne en une œuvre collective et libérée du capitalisme. Ses membres se définissent comme ceux « qui s’emploient à construire des situations », c’est-à-dire des moments de la vie délibérément organisés pour produire une ambiance unitaire et un jeu d’événements propices à la liberté et au désir.

L’IS naît officiellement en 1957 de la fusion entre l’Internationale lettriste (issue du lettrisme d’Isidore Isou), le Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste et le Comité psychogéographique de Londres, avec des figures comme Guy Debord, Asger Jorn, Constant, puis Raoul Vaneigem. C’est un petit groupe (72 membres au total), international (Européens, Américains, Nord-Africains), qui se veut à la fois laboratoire théorique et noyau d’action révolutionnaire.

Le cœur de la pensée situationniste est la critique de la société du spectacle, concept développé par Debord : dans le capitalisme avancé, la vie authentique est remplacée par des images, des rôles et des consommations passives. Les situationnistes dénoncent l’aliénation produite par le travail productif, la consommation de masse, la télévision et plus généralement la « dictature de la marchandise ». Leur projet est de réapproprier la vie confisquée par le spectacle et de rendre l’existence à nouveau passionnante et autodéterminée.

Pour transformer le quotidien, l’IS développe des pratiques comme la dérive (exploration ludique et critique de l’espace urbain), la construction de situations (création d’ambiances et d’événements qui brisent la routine), et le détournement (réutilisation subversive d’images, de textes, de films pour en inverser le sens). Elle se veut aussi une « dernière avant-garde artistique » qui ne se contente pas de faire des œuvres, mais veut faire de la vie elle-même une œuvre, en dépassant l’art traditionnel et même l’art d’avant-garde.

Il a joué un rôle important dans la préparation intellectuelle de Mai 68 en France, à travers ses textes, ses mots d’ordre (« Ne travaillez jamais », « Vivez sans temps mort, jouissez sans entraves ») et son influence sur les groupes étudiants et ouvriers radicaux. Dissoute en 1972 après des exclusions internes, elle devient ensuite un mythe de la contre-culture et une référence majeure pour les mouvements autonomes, punk, et pour une partie de la théorie critique contemporaine. Aujourd’hui, elle reste une matrice importante pour penser l’art, l’urbanisme, la politique radicale et la critique du capitalisme comme spectacle.