
L’Éthique de la vertu est un courant de philosophie morale contemporaine relancé par l’article fondateur d’Elizabeth Anscombe, « Modern Moral Philosophy », qui critique l’obsession de l’éthique moderne pour les règles et les obligations, au détriment du caractère moral de l’agent.
Renouant avec l’éthique aristotélicienne, ce courant déplace la question centrale : au lieu de demander « quelle action dois-je accomplir ? » (comme le déontologisme ou le conséquentialisme), il demande « quel genre de personne dois-je devenir ? ». Les vertus — courage, tempérance, justice, sagesse pratique (phronesis) — sont des dispositions de caractère à cultiver sur toute une vie.
Alasdair MacIntyre, dans Après la vertu (1981), radicalise la critique : la modernité a perdu tout cadre cohérent pour penser la vie bonne, faute de communauté partageant des pratiques et des récits communs dans lesquels les vertus prennent sens. Philippa Foot développe paralèlement une éthique de la vertu naturaliste, ancrée dans l’épanouissement propre à l’espèce humaine.
Aujourd’hui troisième grand paradigme de l’éthique normative aux côtés du déontologisme kantien et du conséquentialisme utilitariste, l’éthique de la vertu irrigue les débats contemporains sur l’éducation morale, la psychologie positive et l’éthique des affaires.