
Le Naturalisme est, au sens que lui donne l'anthropologue Philippe Descola dans Par-delà nature et culture (2005), l'une des quatre ontologies qui structurent le rapport des sociétés humaines aux non-humains — aux côtés de l'animisme, du totémisme et de l'analogisme. À ne pas confondre avec le naturalisme philosophique classique (la thèse selon laquelle tout phénomène s'explique par des lois naturelles, sans recours au surnaturel) : chez Descola, il désigne une configuration ontologique précise, propre aux sociétés occidentales modernes depuis le XVIIe siècle. Le naturalisme postule une continuité de physicalité entre tous les êtres — humains et non-humains partagent une même nature matérielle, décrite par les sciences — mais une discontinuité radicale d'intériorité : seuls les humains sont dotés d'esprit, de conscience, de langage et de culture ; les animaux, les plantes et les choses en sont dépourvus et relèvent de la seule causalité physique. Cette configuration fonde la grande partition moderne entre Nature (objective, unifiée, du ressort de la science) et Culture (subjective, plurielle, du ressort des sciences humaines), héritée de Descartes et consacrée par les Lumières. Elle a permis l'essor spectaculaire des sciences naturelles en autorisant l'expérimentation et l'instrumentalisation d'une nature désenchantée, mais elle a aussi produit, selon Descola, une exception : c'est la seule des quatre ontologies à isoler radicalement l'humain du reste du monde vivant, ce qui explique en partie pourquoi les sociétés occidentales modernes ont eu tant de mal à penser leurs rapports avec la nature autrement que sur le mode de la maîtrise et de l'exploitation. Comparer le naturalisme aux trois autres ontologies permet de le relativiser : loin d'être le regard neutre et universel sur le monde qu'il prétend souvent être, il n'est qu'une option cosmologique parmi d'autres, historiquement et géographiquement située.