
Le Totémisme est un courant de pensée et un système symbolique dans lequel des groupes humains (clans, lignages, tribus) établissent un lien spécial avec un ou plusieurs êtres non humains, appelés « totems ». Ces totems sont le plus souvent des animaux, mais peuvent aussi être des plantes, des phénomènes naturels ou des objets. Le totem n’est pas seulement un emblème : il exprime une relation d’appartenance, de parenté symbolique ou de descendance commune entre le groupe et l’espèce ou l’entité totémique.
Le concept a été largement développé par des anthropologues et des sociologues comme Edward B. Tylor, James Frazer et surtout Émile Durkheim. Dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), Durkheim voit dans le totémisme une forme fondamentale de religion, où le culte du totem est en réalité un culte de la société elle-même. Le totem devient alors le symbole de l’unité du groupe, de ses valeurs et de sa cohésion sociale.
Dans les sociétés totémiques, le totem organise souvent la vie sociale : il détermine l’appartenance à un clan, impose des règles de mariage (par exemple l’exogamie, c’est-à-dire l’interdiction d’épouser quelqu’un du même totem) et structure les relations entre groupes. Il peut aussi être associé à des mythes d’origine, des rites, des interdits alimentaires ou des pratiques cérémonielles. Le lien avec le totem n’est pas seulement utilitaire ou symbolique : il peut être pensé comme une forme de parenté, où les membres du clan se considèrent comme « parents » de l’animal ou de la plante totémique.
Au milieu du XXᵉ siècle, Claude Lévi-Strauss a profondément renouvelé l’analyse du totémisme. Dans Le Totémisme aujourd’hui (1962), il critique l’idée d’un totémisme universel et uniforme. Pour lui, le totémisme est avant tout un système de classification : il permet de penser les différences entre groupes humains en les mettant en relation avec des différences entre espèces naturelles. Le totémisme devient alors un langage symbolique qui aide à organiser la pensée sociale et à établir des oppositions et des correspondances entre humains et non-humains.
Plus récemment, Philippe Descola a intégré le totémisme dans sa typologie des ontologies. Selon lui, le totémisme est une manière de concevoir le monde dans laquelle certains humains et certains non-humains partagent à la fois une intériorité et une physicalité communes. Contrairement à l’animisme (intériorité commune, corps différents) ou au naturalisme (corps communs, intériorité différente), le totémisme établit une continuité globale entre certains groupes humains et certaines espèces. Le totémisme n’est donc pas seulement une croyance ou un rite : c’est une façon de composer le monde et d’y situer les êtres.