

Vissarion BELINSKI était le critique littéraire et penseur social le plus influent de son époque en Russie, figure de proue de l'intelligentsia progressiste des années 1840. Né d’une famille d'origine modeste, il fut expulsé de l'Université de Moscou pour ses opinions, et construisit néanmoins une autorité intellectuelle considérable à travers ses articles dans les grandes revues littéraires russes, notamment Les Annales de la Patrie et Le Contemporain. Héritier de Hegel et de Feuerbach, il évolua du conservatisme romantique vers un humanisme socialiste radical, devenant le chef de file du courant « occidentaliste » face aux slavophiles.
Son œuvre la plus célèbre, la Lettre à Gogol (1847), est un véritable manifeste du progressisme russe : il y fustige la conversion religieuse et réactionnaire de l'auteur des Âmes mortes et exige que la littérature serve la cause de l'émancipation sociale, de la liberté et de la raison. Ce texte, circulant clandestinement en copie manuscrite, fut lu à un cercle d'intellectuels dont Dostoïevski, qui fut condamné à mort puis déporté en Sibérie pour cette seule raison. Il défendit un réalisme littéraire engagé, où l'art doit refléter les contradictions sociales et contribuer à la libération de l'homme du servage et de l'autocratie.
Mort de tuberculose à 36 ans seulement, en 1848, il n'eut pas le temps de développer une œuvre philosophique systématique, mais son influence sur la pensée russe fut immense et durable. Il fut vénéré par les révolutionnaires démocrates qui lui succédèrent — Herzen, Tchernychevski, Dobroliubov — et constitue une référence incontournable pour comprendre la naissance de l'intelligentsia russe et son rapport à la littérature comme instrument de transformation sociale.