

Théodore JOUFFROY était un philosophe français, représentant marquant de l'école spiritualiste et l'un des introducteurs en France de la philosophie écossaise du sens commun. Né dans le Jura, élève brillant de l'École normale supérieure, il fut le disciple puis le continuateur critique de Victor Cousin. Sa vie fut traversée par une crise spirituelle profonde, qu'il décrivit dans un texte célèbre, « Comment les dogmes finissent », qui témoigne avec une rare lucidité de la dissolution progressive de la foi religieuse sous l'effet du questionnement philosophique.
Sa pensée philosophique s'articule autour d'une psychologie de l'intériorité et d'une théorie de la conscience morale. Dans ses Mélanges philosophiques (1833) et ses Cours de droit naturel (1835), il défend une morale du devoir fondée sur la vocation naturelle de l'être humain à réaliser ses facultés propres. Il distingue entre les faits de conscience (accessibles à l'observation intérieure) et les faits extérieurs, et fonde sur cette distinction une psychologie empiriste respectueuse de la spécificité de la vie intérieure.
Traducteur des œuvres de Dugald Stewart et Thomas Reid, il contribua à faire connaître en France le réalisme écossais et son recours au sens commun comme critère de vérité. Professeur à la Sorbonne et au Collège de France, il forma plusieurs générations de philosophes français. Sa mort prématurée à 46 ans, après une longue maladie, interrompit une œuvre prometteuse. Il reste une figure attachante de la philosophie française du XIXe siècle, représentative d'une génération qui cherchait à concilier rationalisme, spiritualisme et honnêteté intellectuelle.