

Rudolf Hermann LOTZE était un philosophe allemand, fils d'un médecin militaire, il étudie la médecine et la philosophie à l'université de Leipzig ou il enseigne ensuite, puis est nommé professeur de philosophie à Göttingen en 1844, succédant à Herbart, avant de rejoindre Berlin en 1880, où il décède l'année suivante. Sa carrière académique est marquée par une vaste érudition, alliant sciences naturelles et réflexion philosophique. Il est aussi poète et traducteur, ayant rendu Antigone de Sophocle en latin.
Il rejette à la fois le matérialisme et la philosophie romantique de la nature, critiquant la notion de "force vitale" popularisée par Schelling. Influencé par Leibniz, Hegel et Kant, il défend un mécanisme explicatif pour les phénomènes physiques, applicable à la biologie sans recourir à des causes surnaturelles. La téléologie n'est pour lui qu'un principe régulateur subjectif, compatible avec le mécanisme : l'ordre du monde exprime un dessein spirituel, mais la science doit s'en tenir aux lois causales. Dans ses travaux précoces comme De futurae biologiae principiis philosophicis (1838), il pose les bases d'une biologie philosophique rigoureuse.
Ses œuvres majeures, telles Mikrokosmos (1856-1864), explorent l'être humain comme microcosme du monde, distinguant faits, lois et valeurs, unies dans la réalité mais séparées par notre pensée. Logik (1874) et Metaphysik (1879) forment un système philosophique quasi exhaustif, intégrant logique, ontologie et psychologie. Il y insiste sur les limites du langage et de la pensée, tout en proscrivant les déductions a priori spéculatives au profit d'une approche empirique et scientifique. Il fonde ainsi une psychologie scientifique, préfigurant des disciplines modernes.
Il marque la transition entre l'idéalisme absolu post-hégélien et le néo-kantisme, évitant l'absolutisme idéaliste comme le réalisme atomistique. Il valorise les sciences naturelles tout en préservant une dimension éthique et téléologique : l'existence (Sein) doit être interprétée par son sens (Soll), via un langage des valeurs plutôt que des impératifs moraux stricts. Anti-naturaliste après la "controverse du matérialisme" de 1854, il intègre émotions et jugements de valeur à la connaissance humaine.
Son influence est immense jusqu'à la Première Guerre mondiale, impactant néo-kantiens, phénoménologues, positivistes logiques et même la psychologie anglo-saxonne via William James. En Allemagne, il ferme l'ère spéculative pour ouvrir une philosophie plus sobre et scientifique. Aux États-Unis, ses idées sur la causalité et la pensée relationnelle imprègnent le pragmatisme naissant. Il reste une figure pivot, liant science et métaphysique dans une vision unifiée de l'univers comme plan rationnel et spirituel.