

Richard SWINESHEAD , aussi orthographié Swyneshed ou Suiseth, était un philosophe naturel, logicien et mathématicien anglais, membre du Merton College d’Oxford et figure centrale des « Calculateurs d’Oxford ». Surnommé « le Calculateur », il est surtout connu pour son Liber calculationum (« Livre des calculs », vers 1350), œuvre majeure de physique quantitative médiévale qui lui valut une renommée européenne durable.
Il appartient au groupe des Oxford Calculators (ou « école de Merton »), un cercle de penseurs – avec Thomas Bradwardine, William Heytesbury, John Dumbleton – qui, dans la première moitié du XIVe siècle, appliquent des techniques logiques et mathématiques à des problèmes de physique aristotélicienne. Leur projet n’est pas de faire des mathématiques pures, mais de quantifier des grandeurs physiques (mouvement, vitesse, force, chaleur, lumière, densité, etc.) et de résoudre des sophismes portant sur ces grandeurs. Dans ce cadre, il apparaît souvent comme le dernier et le plus abouti des calculateurs, poussant à l’extrême la méthode de « calcul » des variations qualitatives et quantitatives.
Le Liber calculationum est une série de traités rédigés vers 1340–1350, organisés en chapitres thématiques traitant du mouvement local, des proportions, des qualités intenses et remises, de la raréfaction et condensation, de la lumière, des puissances naturelles, etc. L’ouvrage ne se présente pas comme un traité de métaphysique ou de physique fondamentale, mais comme un manuel de techniques logico-mathématiques permettant de calculer les valeurs et les changements de variables physiques, ou de résoudre des sophismes sur ces changements. Swineshead y développe, entre autres, plus de cinquante variations de la loi dynamique de Bradwardine (qui relie force, résistance et vitesse), montrant une maîtrise exceptionnelle des proportions et des raisonnements infinitésimaux rudimentaires.
Sur le plan philosophique et scientifique, il contribue à déplacer la physique médiévale d’une approche purement qualitative vers une physique de plus en plus quantitative, préparant ainsi, à très long terme, des développements qui mèneront à la cinématique moderne et, indirectement, au calcul infinitésimal. Il est admiré par des auteurs de la Renaissance et de l’époque moderne (Cardan le classe parmi les plus grands savants ; Leibniz le mentionne avec estime) et reste, jusqu’au XVIe siècle, une autorité majeure en physique quantitative dans les universités italiennes et européennes. Historiquement, on le situe donc à la croisée de la logique médiévale, de la philosophie naturelle aristotélicienne et des premières formes de mathématisation de la physique.