

Pere LLUIS I FONT était un philosophe et théologien catalan espagnol, longtemps professeur d’histoire de la philosophie moderne et de philosophie de la religion. Considéré comme l’un des grands introducteurs de la pensée moderne (Descartes, Pascal, Kant…) en catalan, il a marqué la philosophie des Pays catalans par son exigence méthodique, son souci de clarté et son engagement pour la philosophie en langue catalane.
Il est lui‑même distingue quatre grands axes de son œuvre : une philosophie de la science, une philosophie de la religion, une théorie des « ordres de grandeur » et une anthropologie phénoménologique avant la lettre. Il insiste sur la nécessité de bien identifier les niveaux de réalité (empirique, scientifique, moral, esthétique, religieux) et refuse de réduire les faits de valeur ou de foi à de simples données observables, en affirmant par exemple que la science ne peut formuler de jugements de valeur moraux ou religieux.
Il est l’un des premiers, dans les pays catalans, à définir de manière rigoureuse l’objet, la possibilité et la légitimité de la philosophie de la religion, distincte à la fois de la théologie et des sciences de la religion. Il insiste sur l’idée que l’« expérience religieuse » sans interprétation est vide, et que la philosophie de la religion doit articuler cette expérience avec la pensée critique, tout en restant attentive à la dimension historique et culturelle de la foi.
Proche de la tradition cartésienne, pétrariste et kantienne, Lluís Font se penche aussi sur la figure de Marx, notamment à travers une lecture précise de la notion de « plus‑value » et de la stratégie de la révolution prolétarienne. Il met en avant le rôle central de la question de la finitude humaine, de l’homme comme être Question, et refuse les réductions positivistes ou matérialistes qui effacent la dimension spirituelle et morale de l’existence.
Il est aussi reconnu pour son travail de traduction et de mise en valeur en catalan de textes majeurs de Descartes, Montaigne, Spinoza, Kant ou Pascal, contribuant à faire du catalan une véritable langue de philosophie. Sur le plan pédagogique, il défend une philosophie rigoureuse, « sans artifices », et insiste sur la nécessité de comprendre d’abord avant de juger, en privilégiant la liberté intellectuelle de l’étudiant plutôt que tout modèle d’endoctrinement.