

Nikolaï FEDOROV était un philosophe russe excentrique et visionnaire, fondateur du courant de pensée appelé « cosmisme russe ». Fils illégitime d'un noble, il vécut dans une austérité ascétique totale, travaillant comme bibliothécaire au musée Roumiantsev de Moscou, donnant la quasi-totalité de ses maigres revenus aux pauvres et ne publiant rien de son vivant. Sa pensée, transmise par ses manuscrits et ses conversations, fascina Tolstoï, Dostoïevski et Soloviev.
Sa philosophie, exposée dans La Philosophie de l'œuvre commune (publiée posthumement en 1906), est une utopie technologique et spirituelle d'une ambition sans précédent. Son idée centrale est la « tâche commune » de l'humanité : la résurrection littérale de tous les morts. il soutient que si Dieu a promis la résurrection, les hommes ont le devoir d'y contribuer activement par la science, la technique et la solidarité universelle. Ce projet implique la maîtrise totale des forces naturelles, la régulation du cosmos et la transformation de l'humanité en une fraternité universelle transcendant la mort.
Cette pensée, qui peut sembler délirante, est en réalité un système cohérent articulant métaphysique chrétienne, éthique de la solidarité et foi dans la puissance de la raison et de la technique. Le cosmisme russe qu'il inaugure influença profondément les pionniers de l'astronautique russe (Tsiolkovsky, qui fut son lecteur), le mouvement transhumaniste contemporain et de nombreux artistes et penseurs russes du XXe siècle. Il est aujourd'hui reconnu comme l'un des précurseurs les plus originaux des débats contemporains sur la mort, la technique et l'immortalité.