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Motoori NORINAGA

Philosophes orientaux & africains
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Motoori NORINAGA
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motoori norinaga par VIS PHILO

Motoori NORINAGA

1730 – 1801

Motoori Norinaga était un philologue et penseur japonais, principale figure du Kokugaku (« étude nationale »). À travers son étude philologique du Kojiki, il cherche à retrouver un esprit japonais authentique (mono no aware, la sensibilité émue devant les choses) antérieur à l’influence du confucianisme et du bouddhisme importés de Chine. Le Kokugaku a profondément marqué la redéfinition de l’identité culturelle et religieuse japonaise, notamment dans son rapport au shintoïsme, jusqu’à influencer l’idéologie de la Restauration de Meiji.

Son œuvre principale est le Kojikiden, un commentaire en quarante-quatre volumes du Kojiki, chronique japonaise composée en 712. Pendant plusieurs décennies, Norinaga en étudia la langue ancienne afin d’en retrouver le sens originel, qu’il estimait déformé par les interprétations chinoises et bouddhistes ultérieures. Pour lui, la philologie n’était pas une simple technique érudite : revenir aux mots anciens devait permettre de retrouver le yamato-gokoro, c’est-à-dire le « cœur japonais » authentique. Il interprétait notamment le Kojiki comme le témoignage privilégié d’un shinto originel fondé sur les kami, les puissances ou divinités du monde.

Il est particulièrement célèbre pour avoir approfondi la notion de mono no aware. On peut la traduire par la « sensibilité à la beauté éphémère des choses » ou par le « pathétique des choses ». Elle désigne l’émotion éprouvée devant le caractère changeant et fragile de l’existence : une fleur est belle aussi parce qu’elle va se faner, et une rencontre est précieuse parce qu’elle ne peut durer éternellement. Norinaga voit dans cette sensibilité l’essence de la littérature japonaise, notamment dans Le Dit du Genji, qu’il considère comme une œuvre exprimant avec une grande justesse les émotions humaines, plutôt que comme un simple récit moral.

Sa pensée comporte toutefois une dimension historique et politique ambivalente. En opposant le « cœur japonais » aux influences étrangères, il contribua à une renaissance culturelle japonaise, mais son exaltation de l’ancienne lignée impériale et d’un Japon présenté comme spirituellement singulier fut ensuite mobilisée par le shinto impérial et le nationalisme moderne. Il faut donc distinguer Norinaga lui-même des usages politiques ultérieurs de son œuvre. Philosophiquement, son originalité réside dans l’idée que la vérité humaine ne se découvre pas seulement par des concepts rationnels : elle peut aussi apparaître dans l’émotion, la langue, les récits anciens et la capacité de ressentir profondément l’impermanence du monde.