

Mikhaïl CHTCHERBATOV était un historien, philosophe et homme d'État russe, figure majeure des Lumières russes . Prince de haute noblesse, il fut sénateur, membre du Collège du commerce et directeur de la Commission pour la rédaction du nouveau code de lois convoquée par Catherine II en 1767. Sa pensée combine l'admiration des Lumières occidentales — il connaissait bien Montesquieu, Locke et les philosophes français — avec un attachement profond aux prérogatives de l'aristocratie russe traditionnelle.
Son œuvre philosophique et historique majeure, l'Histoire de Russie depuis les temps les plus anciens (7 volumes, 1770-1791), constitue la première grande synthèse historique de la Russie moderne, fondée sur un dépouillement minutieux des archives. Sa méthode, nourrie de l'érudition des Lumières, tranche avec les chroniques médiévales et représente un tournant dans l'historiographie russe. Dans son traité politique De la corruption des mœurs en Russie (rédigé vers 1786-1787, publié seulement en 1858), il dresse un tableau sévère de la décadence morale de la noblesse russe sous l'effet des réformes de Pierre le Grand et des emprunts culturels à l'Occident.
Ce texte, d'une franchise remarquable pour l'époque, critique aussi bien les monarques que l'aristocratie corrompue et témoigne d'un conservatisme éclairé original, distinct du simple réformisme des Lumières. Son Voyage au pays d'Ophir (1783), une utopie politique, imagine un État idéal fondé sur les vertus nobiliaires et les principes philosophiques. Chtcherbatov représente la tension irrésolue, caractéristique de la pensée russe du XVIIIe siècle, entre l'aspiration aux Lumières et la défense des structures sociales traditionnelles.