

Julia KRISTEVA est une philosophe, psychanalyste et écrivaine franco‑bulgare devenue l’une des figures centrales du post‑structuralisme français à partir des années 1960. D’abord formée en linguistique à Sofia, elle s’installe à Paris où elle fréquente les cercles de la « French theory » et côtoie des penseurs comme Roland Barthes, Philippe Sollers et Jacques Lacan, ce qui fera de son œuvre un croisement entre linguistique, psychanalyse et esthétique.
Elle est notamment connue pour avoir introduit en 1966 la notion d’« intertextualité », en définissant le texte comme une « mosaïque de citations » où chaque écriture absorbe et transforme d’autres textes. Elle distingue aussi un niveau « sémiotique » du langage, lié aux pulsions et au corps, d’un niveau « symbolique » plus structuré par la loi et la syntaxe, ce qui permet de penser la poésie comme un espace où la parole déborde les codes ordinaires.
Dans son ouvrage Pouvoirs de l’horreur (1980), elle développe la notion d’« abject », désignant ce qui est à la fois rejeté (le sang, le corps, la mort, la merde) et intrinsèquement lié à l’identité du sujet. L’abject apparaît comme un seuil instable entre propre et impur, entre moi et non‑moi, et elle l’utilise pour analyser la formation de la subjectivité, la face « sombre » de la culture et les limites de l’ordre symbolique.
Sans défendre une essence prédéfinie de la « femme », elle interroge la place du féminin dans la culture et la psychanalyse, en explorant le rapport entre sexualité, désir maternel et création artistique. Ses travaux s’ouvrent aussi à la question de la croyance et de la quête spirituelle, notamment dans ses réflexions sur la dépression, la mélancolie et les « nouvelles maladies de l’âme », où elle articule psychanalyse, littérature et rapport à la foi.