

Juan Donoso CORTÉS était un marquis, philosophe, écrivain et homme politique espagnol né à Valle de la Serena en Estrémadure, est une figure majeure du contre-révolutionnarisme catholique. Issu d'une famille noble liée à Hernán Cortés, il étudie le droit à Salamanque et Séville, influencé initialement par les Lumières (Rousseau, Voltaire). Il commence comme libéral modéré, soutenant la régente Marie-Christine et la Constitution de 1812, et occupe des postes diplomatiques comme ambassadeur à Berlin. Son portrait par Federico de Madrazo en 1849 le montre en homme sérieux, décoré, symbole de son ascension politique.
Marqué par le Printemps des peuples de 1848, il rompt avec le libéralisme pour embrasser un traditionalisme radical inspiré de Joseph de Maistre, Louis de Bonald et Vico. Dans son Discours sur la dictature (1848) aux Cortes espagnols, il défend la dictature comme rempart contre la révolution, opposant la répression intérieure (morale, religieuse) à la répression extérieure (politique). Pour lui, plus une société est catholique, moins elle a besoin d'État autoritaire ; l'inverse mène à l'anarchie ou au despotisme.
Son œuvre maîtresse, Essai sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme (1851), est une théologie de l'histoire providentialiste et pessimiste. Il y dénonce le libéralisme comme "théorie de l'anarchie" issue de la raison humaine faillible, et le socialisme comme son aboutissement satanique, prônant la souveraineté divine et l'infaillibilité de l'autorité (papale). Influencé par saint Augustin et Bossuet, il voit le catholicisme comme seul antidote à la décadence moderne.
Penseur précurseur de Carl Schmitt et de l'ultramontanisme, il meurt à Paris en 1853, sa tombe à Madrid témoignant de son legs conservateur. Sa critique prophétique du rationalisme et du progrès libéral résonne encore dans les débats sur l'ordre moral face à la modernité.