

Claude-Henri de ROUVROY, comte de SAINT-SIMON est un penseur et réformateur social français, issu d’une famille aristocratique qui revendiquait une lointaine parenté avec Charlemagne. Volontaire dans l’armée française envoyée soutenir l’indépendance américaine, il participe au siège de Yorktown avant de renoncer, sous la Révolution, à son titre de noblesse. Spéculateur sur les biens nationaux, emprisonné pendant la Terreur, il connaît ensuite une vie mouvementée, tour à tour fortunée et misérable, entièrement vouée à la recherche d’une science nouvelle de la société.
Convaincu que la Révolution a détruit l’ancien ordre théologique et féodal sans encore bâtir l’ordre qui doit lui succéder, Saint-Simon appelle à fonder une organisation sociale confiée non plus aux militaires, aux juristes ou aux rentiers, mais aux savants, aux industriels et aux producteurs. Dans des ouvrages comme L’Industrie ou Du système industriel, il défend l’idée que le pouvoir politique doit être subordonné à la production utile : gouverner, pour lui, revient d’abord à administrer les choses et à organiser le travail, plutôt qu’à commander les hommes.
Il élabore ainsi une philosophie de l’histoire fondée sur l’alternance de périodes « organiques » et « critiques », et annonce l’avènement d’un âge industriel où la science et la technique remplaceraient la théologie comme principe d’unité sociale. Son dernier livre, Le Nouveau Christianisme (1825), publié l’année de sa mort, prône une religion de la fraternité entièrement tournée vers l’amélioration du sort des classes les plus pauvres, qu’il présente comme la fin ultime de toute organisation sociale et politique légitime.
Bien que ses écrits soient souvent fragmentaires et inachevés, Saint-Simon laisse une postérité considérable : ses disciples, réunis après sa mort en une école puis en une véritable Église saint-simonienne, diffusent et systématisent sa pensée sous le nom de saint-simonisme. Ce courant influencera profondément le socialisme utopique du XIXe siècle, la sociologie naissante d’Auguste Comte (un temps son secrétaire), ainsi que les grandes entreprises industrielles et financières du Second Empire, qui reprendront à leur compte son culte du progrès technique et de l’organisation rationnelle de la production.