

HAFEZ de Chiraz est un poète, mystique et penseur majeur de la culture persane, né et mort à Chiraz, en Iran. Considéré comme l’un des plus grands maîtres du ghazal, il a composé un Dîvân d’environ 500 poèmes lyriques qui mêlent amour terrestre et amour divin, ouvrant une fenêtre sur la spiritualité soufie du XIVᵉ siècle.
Sa philosophie n’est pas une somme traitée en proses d’école, mais une vision spirituelle incarnée dans la poésie : il place l’amour au sommet de toute réalité, supérieur aux apparences de la loi religieuse et à la morale formelle. Les thèmes de la taverne, du vin et de l’ivresse, très présents chez lui, sont des métaphores de la détente de l’ego et de l’ouverture à la présence divine ; le vin représente la gnose et la dissolution du « moi » étroit au profit d’une conscience plus universelle.
Il oppose souvent l’homme intérieur sincère, joyeux et « ivre » à l’ascète hypocrite ou rigide, suggérant que la vraie sagesse passe par l’humilité, la liberté et la confiance en Dieu plutôt que par un simple respect extérieur des règles. Il joue constamment sur le double sens des mots (amour humain / amour divin, vin matériel / vin spirituel), laissant ses vers à la fois accessibles et profondément ésotériques, ce qui fait de son Dîvân un « miroir du monde » ouvert à multiples lectures.
Son influence dépasse largement la Perse : en Iran, le Dîvân est souvent consulté presque comme un texte oraculaire, aux côtés du Coran, et il inspire depuis des siècles les poètes et penseurs soufis. En Occident, il est redécouvert à partir du XVIIIᵉ siècle, notamment par Goethe, qui le salue comme un « frère spirituel », et il devient un symbole de la poésie et de la sagesse orientales pour de nombreux lecteurs.