

Giacomo LEOPARDI était un poète & philosophe italien souvent présenté comme l’un des plus profonds représentants du pessimisme moderne. À partir de 1819, il vit ce qu’il appelle une "conversion philosophique" : il quitte l’illusion d’un monde harmonieux pour la recherche du "vrai", au prix d’une vision très sombre de la condition humaine.
Il i résume "sa pensée par l’idée d’"infelicità", un malheur constitutif de la condition humaine, et non pas seulement accidentel. Il se méfie de l’idée de progrès moral ou spirituel de l’humanité, qu’il voit comme un récit optimiste sans fondement réel. La nature n’est pas non plus bonne ni providentielle, elle produit la vie mais aussi la souffrance, sans finalité morale ; l’existence est "un mal pour tous les éléments qui composent l’univers".
Pour lui, la raison dévoile la vérité, mais cette vérité est désespérante et détruit les illusions qui rendaient la vie supportable. Il valorise les illusions (espoirs, rêves, mythes) comme un rempart contre le nihilisme et l’égoïsme ; la "pure raison", en les dissipant, isole les individus et dissout les liens sociaux. Son pessimisme n’est pas une complaisance à la tristesse ; c’est une lucidité douloureuse sur la finitude et la souffrance, qu’il assume jusqu’au bout. : Il ne cherche pas à "propager" une doctrine du désespoir, mais à chanter, en poète, le mal de vivre et à en tirer une vision lucide de l’humain.
Il écrit qu’une philosophie séparée de toute religion (comprise comme morale générale) devient une "doctrine de la scélératesse raisonnée", c’est‑à‑dire une pensée qui peut justifier l’absence de vertu. Pour atteindre sa vraie perfection, la philosophie doit, selon lui, rencontrer la poésie, c’est‑à‑dire l’imagination, la sensibilité, la capacité de faire sentir ce qu’elle pense.