

Frédéric RAUH était un philosophe français, représentant original du courant empiriste et pragmatiste dans la philosophie morale française du tournant du XXe siècle. Normalien et agrégé de philosophie, il fut professeur à la Sorbonne et l'un des esprits les plus indépendants de sa génération, refusant de s'inscrire dans les écoles dominantes de son époque — spiritualisme, néo-kantisme ou positivisme. Sa mort prématurée à 48 ans interrompit une œuvre dont l'originalité n'a pas encore été pleinement reconnue.
Sa contribution philosophique principale est une théorie de la conscience morale fondée sur l'expérience plutôt que sur des principes a priori. Dans De la conscience morale (1890) et surtout dans L'Expérience morale (1903), son œuvre maîtresse, il défend l'idée que la vie morale est essentiellement expérimentale : nous ne déduisons pas nos obligations d'un système de principes, mais nous les découvrons progressivement à travers l'épreuve des situations concrètes. Cette position empiriste en éthique, proche du pragmatisme américain contemporain, est d'une remarquable modernité.
Sa réflexion sur l'action et sur les rapports entre théorie et pratique anticipe certains débats de la philosophie analytique contemporaine. Par son refus des systèmes clos et sa confiance dans l'expérience vécue comme source de connaissance morale, Rauh représente une voie originale dans la philosophie française de son temps. Son influence discrète mais réelle sur plusieurs de ses contemporains — Bergson, Durkheim — témoigne de la fécondité de ses intuitions.