

Constantin POBIEDONOSTSEV était un juriste, théoricien politique et homme d'État russe, l'idéologue principal du conservatisme autoritaire sous Alexandre III et Nicolas II. Professeur de droit à l'Université de Moscou et tuteur des futurs empereurs Alexandre III et Nicolas II, il fut Procureur général du Saint-Synode de 1880 à 1905, combinant ainsi une immense autorité sur l'Église orthodoxe avec une influence décisive sur la politique impériale. Il est souvent présenté comme le symbole de la réaction contre les réformes libérales des années 1860-1870.
Sa philosophie politique, exposée dans son Recueil de Moscou (1896), est une critique radicale du libéralisme et de la démocratie fondée sur une anthropologie pessimiste. Contre l'illusion démocratique du gouvernement du peuple par lui-même, Pobiedonostsev soutient que l'homme ordinaire est fondamentalement inapte au gouvernement rationnel de lui-même : il est mû par les passions, l'intérêt immédiat et l'ignorance. La démocratie parlementaire n'est qu'un masque derrière lequel gouvernent les orateurs démagogues et les journalistes corrompus. Seul un pouvoir autocratique fort, ancré dans la tradition orthodoxe, peut maintenir l'ordre social et la morale publique.
Cette philosophie conservatrice, cohérente et articulée, fut l'un des fondements idéologiques de la contre-réforme d'Alexandre III. Dostoïevski s'en inspira pour le personnage du Grand Inquisiteur (certains historiens voient en Pobiedonostsev un modèle de cette figure). Sa politique d'« orthodoxisation » de l'Empire et de russification des minorités nationales eut des conséquences considérables. Figure honnie par les libéraux et les révolutionnaires, il représente néanmoins une pensée conservatrice cohérente, à la fois réaliste et nostalgique d'un ordre traditionnel menacé.