

Alexandre KOJÈVE était un philosophe russe naturalisé français, auteur d'une lecture de Hegel qui devint l'une des plus influentes du XXe siècle. Né à Moscou dans une famille de la haute bourgeoisie russe (il était le neveu du peintre Wassily Kandinsky), il émigra après la révolution, étudia la philosophie à Berlin et à Heidelberg, et s'installa à Paris où il donna de 1933 à 1939 un séminaire légendaire sur la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel. Ce séminaire, dont les notes furent publiées sous le titre Introduction à la lecture de Hegel (1947), forma toute une génération de penseurs français.
Sa lecture de Hegel, radicalement originale et souvent contestée par les spécialistes, est centrée sur la dialectique du maître et de l'esclave et sur la thèse de la « fin de l'histoire ». Pour lui, l'histoire humaine est le processus par lequel l'homme se constitue comme sujet libre à travers la lutte pour la reconnaissance. Cette histoire trouve sa fin dans l'État universel et homogène — qu'il identifiait tantôt avec Napoléon, tantôt avec le marché mondial contemporain — où tous les hommes se reconnaissent mutuellement comme libres et égaux.
Après la guerre, il travailla comme haut fonctionnaire au ministère des Affaires économiques français, influençant discrètement la construction européenne. Ses échanges épistolaires avec Leo Strauss sont un document philosophique de première importance. Son influence sur Raymond Aron, Georges Bataille, Raymond Queneau, Jacques Lacan et bien d'autres témoigne du rayonnement exceptionnel de sa pensée. Figure énigmatique et provocatrice, il reste l'un des interprètes les plus stimulants de Hegel.