
Le Physicalisme est la thèse philosophique selon laquelle tout ce qui existe est, en dernière instance, de nature physique ou dépend entièrement du physique. Il s’agit d’une forme de monisme métaphysique qui s’oppose à l’idéalisme (tout est mental) et à certains dualismes (esprit et matière comme substances distinctes). Dans sa version la plus courante, le physicalisme affirme que tous les faits — y compris les faits mentaux, biologiques ou sociaux — « superviennent » sur les faits physiques : deux mondes physiquement identiques ne peuvent différer sur aucun autre plan.
Historiquement, le terme « physicalisme » a été introduit dans les années 1930 par Otto Neurath et Rudolf Carnap, membres du Cercle de Vienne, dans un contexte néopositiviste. À l’origine, il désignait surtout un projet épistémologique et linguistique : faire de la langue de la physique une langue universelle capable d’unifier toutes les sciences, y compris les sciences humaines. Selon cette conception, tout énoncé scientifique devrait pouvoir être reformulé en termes d’objets physiques, de leurs propriétés et de leurs relations spatio-temporelles, de sorte que la philosophie n’aurait pas de thèses propres indépendantes de la science.
Sur le plan ontologique, il soutient que toutes les entités existantes sont ultimement des entités physiques, décrites en principe par les sciences physiques, et que leurs interactions causales obéissent aux lois physiques. Cela ne signifie pas nécessairement que chaque phénomène doit être « réduit » de façon simpliste à une loi de la physique fondamentale, mais qu’il n’y a « rien de plus » que le physique : les états mentaux, par exemple, dépendent de configurations cérébrales et ne constituent pas une substance supplémentaire. Le physicalisme est ainsi souvent présenté comme une version moderne et raffinée du matérialisme, adaptée aux développements de la physique contemporaine.
Dans la philosophie de l’esprit, le physicalisme a donné lieu à plusieurs formulations : identité esprit-cerveau, fonctionnalisme physicaliste, théories de la supervenience, etc. L’enjeu central est d’expliquer comment des propriétés comme la conscience, la douleur ou la pensée peuvent être à la fois réelles et entièrement déterminées par des processus physiques. Les physicalistes répondent généralement que ces propriétés sont soit identiques à des états neurophysiologiques, soit réalisées par eux d’une manière qui ne requiert aucune entité non physique, préservant ainsi l’unité du monde naturel.
Le physicalisme reste aujourd’hui une position dominante dans la philosophie analytique contemporaine, notamment en métaphysique et en philosophie de l’esprit, mais il fait l’objet de débats importants. Certains lui reprochent de mal rendre compte de la subjectivité consciente (problème de l’« explicative gap » et des qualia), d’autres questionnent la notion même de « physique » dans un monde où la physique évolue constamment. Malgré ces objections, le physicalisme continue d’orienter de nombreuses recherches en cherchant à articuler rigueur scientifique et cohérence métaphysique.