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Épiphénoménisme

Courants de pensée occidentaux
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Vidéo — Épiphénoménisme
dualisme ou épiphénoménisme par denis favre

Épiphénoménisme

1875

L'Épiphénoménisme(ou épiphénoménalisme) est une thèse de la philosophie de l’esprit selon laquelle les phénomènes mentaux — croyances, désirs, émotions, intentions, sensations — sont causés par des événements physiques du cerveau, mais n’ont eux-mêmes aucun pouvoir causal sur le corps ni sur d’autres événements mentaux. Les états mentaux sont ainsi des « épiphénomènes », c’est-à-dire des sous-produits ou effets secondaires de processus neurophysiologiques, réels mais causalement inertes.

Cette doctrine a été formulée explicitement en 1874 par le biologiste et philosophe anglais Thomas Henry Huxley, dans son article On the hypothesis that animals are automata and its history, où il défend l’idée que les animaux (et les humains) sont des automates conscients : la conscience accompagne les mouvements corporels sans les déterminer. Huxley s’appuie sur les sciences du cerveau et sur un modèle mécaniste du comportement (stimuli → impulsions nerveuses → contractions musculaires) pour affirmer que la volonté consciente est une illusion rétrospective. Le terme « épiphénoménisme » a ensuite été popularisé par William James dans The Principles of Psychology (1890), qui parle d’« automaton-theory » ou « conscious automaton theory ».

Elle suppose généralement un dualisme des propriétés (et non des substances) : il y a des propriétés physiques et des propriétés mentales irréductibles, mais seules les premières sont causalement efficaces. Sa structure classique peut être résumée en trois affirmations : (1) irréductibilité des événements mentaux aux événements physiques ; (2) dépendance causale : tout événement mental a une cause physique complète ; (3) impuissance causale : aucun événement mental n’est cause, même partielle, d’un autre événement (physique ou mental). Des philosophes comme George Santayana et, plus récemment, Frank Jackson ont défendu des versions de cette thèse.

Cette position cherche à éviter les difficultés du dualisme interactionniste (comment l’esprit immatériel agit-il sur le corps ?) et du parallélisme (comment expliquer la corrélation systématique sans interaction ?), tout en maintenant une forme de dualisme compatible avec le physicalisme causal de la science. Elle s’inscrit dans un débat plus large sur le problème corps-esprit, la nature de la conscience et la place des raisons et des normes épistémiques (justification, croyance vraie, etc.) dans un monde physiquement clos.

Cependant, l’épiphénoménisme est très contesté car il semble contredire l’expérience ordinaire selon laquelle nos douleurs, nos pensées et nos désirs font une différence dans notre comportement. Les critiques soulèvent plusieurs problèmes majeurs : il compromet la liberté de la volonté, rend difficile une explication évolutionniste de la conscience (à quoi servirait-elle si elle est causalement inutile ?), menace notre capacité à connaître nos propres états mentaux et à justifier rationnellement nos croyances, et affaiblit la distinction entre « raisons pour lesquelles on agit » et « causes de l’action ». Malgré ces objections, l’épiphénoménisme reste une position de référence dans la philosophie de l’esprit contemporaine, notamment dans les débats sur le physicalisme non réductionniste et la causalité mentale.