

Sergueï TROUBETSKOÏ était un philosophe, historien de la philosophie ancienne et recteur de l'Université de Moscou, l'une des figures les plus importantes de la renaissance philosophique religieuse russe du tournant du XXe siècle. Ami et disciple de Vladimir Soloviev, frère du philosophe Evgueni Troubetskoï, il développa une philosophie originale qu'il appela le « monisme concret » — une métaphysique de l'être fondée sur la conscience universelle comme principe de réalité.
Sa philosophie, exposée dans ses deux ouvrages majeurs — La Métaphysique en Grèce ancienne (1890) et La Doctrine du Logos dans son histoire (1900) — cherche à retrouver dans la tradition philosophique grecque, notamment dans le concept platonicien de Logos, les fondements d'une métaphysique chrétienne cohérente. Sa thèse du « monisme concret » postule que la conscience n'est pas une réalité privée et individuelle mais une réalité universelle, partagée : chaque conscience individuelle est une manifestation d'une conscience universelle qui fonde la communauté du sens et de la vérité entre les esprits. Cette position, qui cherche à dépasser l'opposition entre idéalisme subjectif et réalisme matérialiste, anticipe certains thèmes de la phénoménologie intersubjective.
Son action en tant que premier recteur élu démocratiquement de l'Université de Moscou (1905) illustre son engagement pour l'autonomie universitaire et les libertés civiques dans le contexte de la révolution de 1905. Mort prématurément à 43 ans d'une attaque cardiaque, épuisé par son combat pour l'université, il laissait une œuvre inachevée mais dont l'influence sur Berdiaev, Boulgakov et les philosophes de la génération suivante fut considérable. Il incarne la figure du philosophe-citoyen engagé, pour qui la vie philosophique et la vie civique sont inséparables.