

Pierre NICOLE était un philosophe, théologien, logicien et polémiste français, proche de Port-Royal et du mouvement janséniste. Né à Chartres, il enseigna la littérature et la philosophie à Port-Royal des Champs, où il collabora étroitement avec Antoine Arnauld. Il participa également à la défense des thèses jansénistes et fut lié au milieu intellectuel de Pascal. Son œuvre est toutefois plus diverse que celle d’un simple polémiste religieux : elle comprend des écrits de logique, de théologie, de morale et de politique.
Il est surtout connu comme le coauteur, avec Arnauld, de la Logique ou l’art de penser, publiée en 1662. Cet ouvrage, appelé communément « Logique de Port-Royal », présente la logique non seulement comme un ensemble de règles abstraites, mais comme un art pratique destiné à former le jugement. Il étudie successivement les idées, les jugements, les raisonnements et la méthode. Pour lui, bien penser suppose de lutter contre les préjugés, les passions et les habitudes intellectuelles qui déforment notre rapport à la vérité.
Mais sa contribution la plus personnelle se trouve probablement dans les Essais de morale, dont la publication commence en 1671. Il y analyse les comportements humains, les relations sociales, l’éducation, la politique et les devoirs religieux. Sa morale est profondément augustinienne : l’homme naturel est dominé par l’amour-propre, c’est-à-dire par la tendance à rechercher son intérêt, son prestige et l’approbation des autres. Même les actions qui semblent généreuses peuvent donc être motivées par une recherche cachée de reconnaissance.
Cette analyse le conduit à une vision assez pessimiste de la nature humaine. Il se méfie des prétendues vertus héroïques et montre que la société repose souvent sur des intérêts dissimulés, des conventions et des compromis. Cependant, il ne conclut pas qu’il est impossible de vivre moralement : ses Essais de morale ont précisément pour objectif d’enseigner une conduite plus lucide, plus modeste et plus charitable. La morale doit commencer par la connaissance de notre faiblesse, car celui qui ignore son amour-propre risque de prendre ses intérêts personnels pour de véritables exigences morales.