

Nikolaï KONRAD était un orientaliste, japonologue et philosophe de la culture russe et soviétique, l'un des plus grands spécialistes de la littérature et de la philosophie japonaise et chinoise en URSS. Professeur à l'Institut oriental de Saint-Pétersbourg puis à l'Université de Moscou, membre de l'Académie des sciences de l'URSS, il contribua de manière décisive au développement des études orientales en Russie soviétique.
Sa contribution philosophique principale est son effort pour intégrer les littératures et les philosophies d'Asie orientale — Chine, Japon — dans une histoire universelle de la culture humaine. Dans son ouvrage majeur Occident et Orient (1966), il développe une théorie de la Renaissance comme phénomène universel : le mouvement de retour aux sources de la culture nationale et de renouveau culturel qu'on appelle « Renaissance » ne serait pas un phénomène spécifiquement européen occidental (XVe-XVIe siècle) mais un phénomène universel que l'on retrouve à différentes périodes dans les civilisations chinoise, japonaise et arabe. Cette thèse, audacieuse et discutée, cherchait à décentrer l'histoire culturelle mondiale de son eurocentrisme dominant.
Ses travaux de traduction — notamment du Kojiki japonais et de nombreux textes littéraires et philosophiques japonais et chinois — constituent des contributions fondamentales à la connaissance de ces cultures en Russie. Arrêté pendant les purges staliniennes et libéré après la mort de Staline, il représente la figure du savant qui maintint l'intégrité de son travail scientifique à travers les épreuves de l'histoire soviétique.