

NICOLAS de Lyre est le plus grand exégète biblique du Moyen Âge tardif. Né probablement à Lyre en Normandie, il entra dans l'ordre des Franciscains, dont il devint ministre provincial de France. Formé à Paris, il y enseigna la théologie, défendant la nécessité d'un retour au sens littéral de l'Écriture contre les excès de l'allégorie et de la méthode spéculative dominante dans la scolastique de son temps.
Son chef-d'œuvre, les Postillae perpetuae in universam Sacram Scripturam, commentaire de toute la Bible rédigé entre 1322 et 1331, représente une révolution dans l'exégèse biblique médiévale. Nicolas y privilégie le sens littéral des textes, s'appuyant sur sa connaissance de l'hébreu et sur les commentaires du grand exégète juif Rachi. Cette ouverture au savoir rabbinique, rarissime parmi les théologiens chrétiens médiévaux, confère à son œuvre une profondeur philologique remarquable.
Nicolas s'inscrit dans la tradition franciscaine de l'exégèse, influencé par la méthode philologique d'André de Saint-Victor, qui avait le premier ouvert la porte aux sources hébraïques dans l'interprétation chrétienne. Sa démarche tranche avec le courant dominant de la scolastique universitaire, davantage portée vers la spéculation métaphysique que vers l'étude rigoureuse des sources scripturaires dans leur langue originale.
L'influence de Nicolas de Lyre est considérable, et son nom reste associé à la formule : Si Lyra non lyrasset, Lutherus non saltasset — « Si Lyre n'avait pas joué de la lyre, Luther n'aurait pas dansé ». En effet, Martin Luther cite abondamment ses Postillae, y trouvant une méthode d'interprétation littérale congruente avec son propre projet réformateur. Les Postillae furent parmi les premiers textes théologiques imprimés, et Nicolas de Lyre représente l'un des ponts les plus importants entre l'exégèse médiévale et la philologie biblique de la Renaissance.