

Nadia Yala KISUKIDI est est une philosophe et écrivaine franco-congolaise née à Bruxelles, professeure à l’université Paris 8, connue pour ses travaux sur Bergson, la philosophie Africaine, le féminisme noir et les effets coloniaux dans la pensée occidentale. Sa philosophie part d’un constat simple : les grands corpus philosophiques ont longtemps été enseignés comme s’ils étaient universels, alors qu’ils reflètent souvent une histoire située, européenne et coloniale.
Elle est d’abord reconnue comme spécialiste de Bergson. Dans son livre Bergson ou l’humanité créatrice, elle relit Bergson à partir de la création, du mouvement et de l’invention de soi, en montrant que la philosophie peut penser la vie comme puissance de transformation plutôt que comme identité figée.
Un autre axe central de son travail est la critique de la « bibliothèque coloniale » : elle montre comment l’idée d’Afrique et l’idée de « Noir » ont été fabriquées dans des cadres intellectuels marqués par la domination européenne. Son approche ne consiste pas seulement à dénoncer ces héritages, mais à déplacer le centre du regard pour faire place à des pensées africaines, diasporiques et non occidentales.
Elle développe aussi une réflexion féministe et politique, notamment avec Djamila Ribeiro dans Dialogue transatlantique, où elle met en relation les expériences des femmes noires, les diasporas africaines et les formes contemporaines de résistance. Chez elle, le féminisme n’est pas séparé de la question raciale : il sert à penser des solidarités, des voix minorées et des alliances intellectuelles entre continents.
Sa philosophie vise une forme d’universel décentré : non pas un universel abstrait imposé d’en haut, mais un universel construit à partir des conflits, des pluralités et des expériences historiques concrètes. En ce sens, elle propose une philosophie de la relation, de la circulation et de la restitution, où l’on comprend le monde en écoutant les marges autant que les centres.