

Masahiro MORIOKA est un philosophe et bioéthicien japonnais et son travail est caractérisé par une profonde interrogation sur le sens de la vie, de la mort et de l'existence à l'époque contemporaine.
Une part centrale de sa pensée est constituée par ce qu'il appelle la "philosophie de la vie" où il explore la valeur et le sens de la vie non pas comme une abstraction, mais dans son vécu concret, corporel et relationnel. Il s'intéresse à la façon dont les individus perçoivent la valeur de leur propre existence dans un monde marqué par la souffrance, l'isolement et la perte des repères traditionnels. Cette réflexion l'a naturellement conduit à des contributions majeures en bioéthique, où il critique l'approche occidentale souvent centrée sur les principes abstraits comme l'autonomie et la justice, pour lui préférer une approche phénoménologique qui part de l'expérience vécue des personnes, de leurs émotions et de leurs relations interconnectées.
Son concept le plus célèbre est sans doute celui de "l'angoisse de l'existence du lien" ou "l'inquiétude de l'être-en-relation". Il postule que l'être humain est fondamentalement un "être-de-lien", toujours défini par ses relations avec les autres, la société et le monde. La souffrance psychique moderne, et en particulier la dépression, proviendrait souvent d'une angoisse liée à ces liens eux-mêmes : la peur de les perdre, la sensation d'être un fardeau dans ces liens, ou l'impression que ces liens nous étouffent et nous aliènent. Cette théorie offre un cadre puissant pour repenser des phénomènes sociaux comme le suicide, le harcèlement scolaire ou l'isolement social, non comme des échecs individuels, mais comme des pathologies du lien social.
Dans le domaine du suicide, il a développé une position nuancée et controversée. Il distingue le suicide comme "arrêt de la vie" de celui comme "arrêt du soi". Il avance que dans certains cas de souffrance psychique extrême et incurable, où le sentiment d'être un "soi" est détruit, le suicide peut être compris non pas comme un choix de mourir, mais comme la seule issue pour mettre fin à une agonie du soi devenue intolérable. Il défend une approche compréhensive plutôt que purement préventive, qui écoute la souffrance de celui qui envisage le suicide sans le juger moralement. Cette perspective a eu une grande influence sur les lignes d'écoute téléphonique et le soutien aux personnes en détresse au Japon.