Accueil

Marguerite DURAS

Philosophes français modernes
90 / 137
Marguerite DURAS
Vidéo — Marguerite DURAS
Une vie : Marguerite DURAS par BRUT

Marguerite DURAS

1914 – 1996

Marguerite DURAS n’était pas une philosophe au sens académique, mais son œuvre littéraire, cinématographique et théâtrale déploie une pensée originale, centrée sur l’écriture, le désir, la mémoire et la condition humaine.

Elle récuse le dualisme corps/esprit hérité de la tradition philosophique et religieuse occidentale, et propose plutôt un monisme matérialiste : l’être est fait d’une seule substance, la matière, et le corps y est réhabilité contre les représentations littéraires marquées par le péché originel. Cette vision s’enracine aussi dans son athéisme et dans l’influence de la philosophie orientale, vécue durant ses dix-huit premières années en Indochine.

Pour elle, écrire, c’est « donner corps au paradoxe » et signifier le désir : l’écriture est le lieu même de la « vérité du désir », souvent orientée vers un objet absent, inaccessible. Elle décrit l’écriture comme un acte de silence et de cri : « Écrire c’est ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. », libérant un désir refoulé par la société. La mémoire est inséparable du désir et de l’écriture : elle n’est pas fiable, et c’est par l’affabulation et la réinscription dans le texte que les souvenirs acquièrent une existence réelle. L’écriture devient alors travail de mémoire et de deuil, une manière de faire durer la vie face à la mort, en traitant « la mémoire de l’oubli ».

Elle met en scène un sujet humain inconsistant, « fantomatique », essentiellement seul et dépourvu d’identité stable, s’opposant au « fantasme d’identité » de la philosophie occidentale. Tout en restant distante du militantisme féministe, son œuvre défend la cause des femmes et explore la liberté, la passivité et la dynamique masculin/féminin, notamment dans sa dernière période créatrice.

Bien qu’elle affirme ne pas écrire ex nihilo et reconnaisse des inspirations (Pascal, Diderot, Rousseau, Kierkegaard), elle s’en détache en déclarant avoir oublié ses lectures, marquant une relation paradoxale à la philosophie. Son rapport à la pensée se manifeste par des interrogations sur le temps, la matière et la souffrance, faisant de l’écriture le seul moyen d’exprimer des émotions fondamentales que le langage ordinaire ne peut porter.