

MAITREYI était une philosophe de l’Inde védique. Comme Gārgī, elle est connue principalement grâce à la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad, l’un des textes majeurs de la pensée upanishadique. Le texte la présente comme l’une des deux épouses du sage Yājñavalkya, mais surtout comme une femme profondément attirée par la connaissance spirituelle. Il faut toutefois préciser que nous ne possédons pas d’œuvre indépendante écrite par elle : son enseignement nous est transmis sous la forme d’un dialogue avec Yājñavalkya.
Le point de départ du dialogue est une question décisive : Yājñavalkya, qui se prépare à renoncer à la vie domestique, propose de partager ses biens entre Maitreyī et son autre épouse, Kātyāyanī. Elle lui demande alors si la possession de toute la richesse du monde pourrait la rendre immortelle. Yājñavalkya lui répond que la richesse peut assurer une vie confortable, mais qu’elle ne donne pas l’immortalité. Elle refuse donc de se satisfaire d’un bonheur matériel et demande à connaître ce qui conduit véritablement à l’immortalité.
Sa philosophie s’organise ainsi autour d’une distinction entre les biens passagers et la connaissance du Soi, ou ātman. Dans l’enseignement qui suit, Yājñavalkya affirme que les êtres et les choses ne sont pas aimés uniquement pour eux-mêmes : ils sont aimés en relation avec le Soi intérieur. Le mari, l’épouse, les enfants, la richesse ou le monde deviennent véritablement intelligibles lorsque l’on découvre la réalité profonde qui les relie. Le dialogue conduit donc vers l’idée upanishadique selon laquelle l’ātman et le Brahman, le Soi intime et la réalité absolue, ne sont pas séparés — interprétation qui deviendra centrale dans le Vedānta non dualiste.
Elle incarne enfin une philosophie de la quête radicale de vérité. Elle ne demande pas simplement à être instruite pour obtenir une meilleure existence ; elle veut savoir ce qui peut dépasser la mort et l’instabilité de toutes les possessions. Sa démarche rappelle que philosopher consiste à distinguer l’essentiel de l’accessoire et à ne pas confondre le bonheur avec l’accumulation des biens. Avec Gārgī, elle témoigne aussi de la présence de femmes engagées dans les débats métaphysiques de l’Inde ancienne. Mais son originalité tient à ce qu’elle fait de la question de l’immortalité, de l’amour et de la connaissance du Soi le centre d’une véritable recherche philosophique.