

Jean TAULER est né à Strasbourg, au cœur d'une région rhénane qui devient au XIVe siècle le foyer d'une intense vie spirituelle. Entré dans l'ordre des Dominicains, il se forme auprès de Maître Eckhart à Cologne, au contact direct de la spéculation mystique la plus audacieuse de son temps. Il exerce son ministère de prédicateur à Strasbourg, Bâle et Cologne, traversant les épreuves de la Peste noire de 1348, dont il accompagne spirituellement les victimes avec un dévouement exemplaire.
L'œuvre de Tauler nous est parvenue essentiellement sous forme de sermons rédigés en moyen-haut-allemand, langue vernaculaire qu'il choisit délibérément pour toucher un public large de fidèles et de béguines. Sa pensée articule une mystique de l'abandon et du fond de l'âme (Seelengrund), où l'âme, dépouillée d'elle-même, s'unit à Dieu dans un acte de totale intériorisation. Il insiste sur la nécessité d'un détachement des créatures et d'une disponibilité absolue à l'action divine, sans négliger la charité concrète envers le prochain.
Tauler s'inscrit dans la grande tradition de la mystique rhénane, aux côtés de Maître Eckhart et de Henri Suso. Il est également en contact avec les Amis de Dieu, mouvement de dévotion intérieure qui prépare le terrain à la Devotio moderna. Plus pastoral qu'Eckhart et moins spéculatif, Tauler insista sur le détachement intérieur, ce qui lui évita les condamnations doctrinales qui frappèrent son maître.
La postérité de Tauler est exceptionnellement riche : ses sermons, lus par Martin Luther, exercèrent sur lui une influence profonde, et Luther le tenait pour l'un des théologiens les plus authentiques qu'il ait rencontrés. La Devotio moderna et l'Imitation de Jésus-Christ lui doivent beaucoup. À l'époque moderne, ses textes intéressent aussi bien les théologiens catholiques que les chercheurs en philosophie de la religion, fascinés par cette pensée qui fait de l'intériorité radicale le chemin royal vers l'union divine.