

Jean MAJOR naît à Gleghornie, en Écosse, et reçoit sa formation philosophique et théologique à Paris, au Collège de Montaigu, où il enseignera également, formant plusieurs générations de théologiens et philosophes. Ce collège parisien accueille à la même époque un autre étudiant célèbre : Jean Calvin, qui y reçoit une formation scolastique dont les traces sont visibles dans la rigueur logique de son œuvre théologique. Major retourne ensuite en Écosse, où il enseigne à St Andrews et à Glasgow, avant de terminer sa carrière à Paris.
L'œuvre de Major est vaste : outre de volumineux commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard, il rédige une Historia Maioris Britanniae qui plaide pour l'union de l'Écosse et de l'Angleterre. Sa pensée s'inscrit dans le cadre du nominalisme ockhamiste, qu'il enseigne avec rigueur tout en l'articulant avec le conciliarisme — la doctrine selon laquelle le concile général de l'Église est supérieur au pape — position qui marque durablement ses étudiants.
Major est l'héritier de la via moderna nominaliste, dans la lignée d'Guillaume d'Ockham et de Jean Buridan, et il transmet cette tradition au moment même où l'humanisme renaissant commence à la remettre en question. Sa méthode, rigoureusement scolastique, contraste avec le style humaniste de ses contemporains, mais lui assure une autorité intellectuelle reconnue même par ses adversaires. Parmi ses élèves, outre Calvin, on compte John Knox, futur réformateur de l'Église d'Écosse.
L'influence de Major sur la pensée politique et théologique du XVIe siècle est profonde et souvent sous-estimée : son conciliarisme nourrit les réflexions de ses élèves réformateurs sur la limitation du pouvoir ecclésiastique et civil, et ses analyses du contrat social anticipent certaines thèses de la monarchomachie protestante. Il participe ainsi à l'élaboration des théories modernes de la souveraineté populaire, illustrant comment la scolastique tardive peut générer des idées politiques radicalement nouvelles.