

Jacques RANCIERE est un philosophe français connu pour une pensée qui articule politique, histoire, esthétique et éducation autour de l’idée d’émancipation de n’importe qui. Il est aujourd’hui l’une des grandes références de la philosophie politique dite "radicale" et des études sur la démocratie et l’art. Il fait ses études à l’École normale supérieure à Paris, où il est l’élève de Louis Althusser et participe en 1965 au livre collectif Lire le Capital, qui relit Marx dans une perspective structuraliste. Après Mai 68, il rompt progressivement avec l’althussérisme, auquel il reproche de confisquer la parole politique au profit des théoriciens.
Le fil conducteur de sa pensée est l’affirmation d’une égalité fondamentale de tous quant à l’intelligence et à la capacité de penser et de parler. Pour lui, la politique authentique commence quand ceux qui sont considérés comme "incapables" (ouvriers, sans-part, exclus) se mettent à parler et à agir comme des égaux, contestant l’ordre qui les tient à l’écart. Cette égalité n’est pas un but lointain mais un point de départ : toute pratique émancipatrice suppose de présupposer l’égalité, non de l’attendre d’une pédagogie ou d’un progrès historique garantis par des experts. C’est pourquoi il critique les formes de domination qui passent par le savoir, les explications savantes, les discours des intellectuels qui se posent en porte‑parole des autres.
Il a aussi profondément marqué la philosophie de l’art. Dans "Le Partage du sensible" paru en 2000 et d’autres ouvrages, il parle de « régimes esthétiques » pour désigner des manières historiques d’organiser ce qui se voit, se dit et se pense comme art. Le "partage du sensible" est la trame commune à l’art et à la politique : ce qui est perceptible, ce qui a droit de cité, la frontière entre bruit et parole. Un geste artistique peut être politique quand il reconfigure ce partage, par exemple en rendant visibles des vies ou des voix jusque‑là tenues pour insignifiantes.