

Ivan ILINE était un philosophe, théologien et publiciste politique russe, l'un des penseurs les plus influents du conservatisme et du nationalisme russe du XXe siècle. Formé à la philosophie hégélienne à l'Université de Moscou, il soutint en 1918 une thèse remarquée sur La Philosophie de Hegel comme théorie de la concrétion de Dieu et de l'homme. Expulsé de Russie soviétique en 1922 sur le « bateau des philosophes », il s'établit à Berlin puis en Suisse, où il développa une pensée philosophique et politique de plus en plus marquée par le nationalisme orthodoxe et l'anticommunisme.
Sa philosophie s'articule autour de la notion de « conscience légale » — la capacité de discerner spontanément le juste et l'injuste — comme fondement de tout ordre social sain. Dans ses œuvres majeures — La Résistance au mal par la force (1925), polémique avec Tolstoï sur la non-résistance, il défend contre le pacifisme tolstoïen le droit et même le devoir de résister au mal par la contrainte et la force, y compris meurtrière, quand aucune autre voie n'est possible. Cette prise de position lui valut la critique de Berdiaev et d'autres philosophes de l'émigration.
Ses écrits politiques sur la Russie et ses textes prophétiques sur l'avenir post-soviétique de la Russie — ont connu un regain d'intérêt considérable depuis les années 1990. Sa vision d'une Russie forte, orthodoxe, fondée sur la « conscience nationale » et résistant aux influences libérales occidentales, fut reprise par certains milieux nationalistes russes contemporains. Figure controversée par ses sympathies initiales pour le fascisme européen (des années 1930 dont il se distança ensuite), il reste un penseur incontournable du nationalisme russe conservateur.