

Hans JONAS était un philosophe germano-américain connu pour ses travaux sur l'éthique de la technologie et la responsabilité envers les générations futures. Ses premières recherches portent sur le gnosticisme, vu comme une réponse à l'aliénation existentielle dans un monde hostile. Dans les années 1960, il développe une philosophie de la vie organique (The Phenomenon of Life), critiquant le dualisme cartésien et valorisant la nature vivante contre la technoscience destructrice. Son œuvre maîtresse "Le Principe responsabilité" paru en1979, formule un impératif éthique pour l'ère technologique : "Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre".
Il anticipe les crises écologiques et bioéthiques, proposant une "heuristique de la peur" pour guider l'action humaine face aux risques imprévisibles de la puissance technique. Influencé par sa tradition juive et Heidegger, il réconcilie existentialisme, phénoménologie et morale prophétique, impactant l'éthique environnementale contemporaine.
Il observe un "déchaînement prométhéen" : l'humanité acquiert un pouvoir inédit sur la nature via la science et la technique, capable de menacer sa propre survie et celle des générations futures. Contrairement aux éthiques classiques (kantienne ou utilitariste), limitées au présent ou aux intentions, sa réflexion intègre les conséquences à long terme, imprévisibles et collectives, sur la vie humaine et la planète. Face aux risques inconnus (nucléaire, génétique, environnementaux), il prône une "heuristique de la peur" : anticiper le pire scénario (in dubio pro malo) pour guider l'action, sans paralyser le progrès mais en le subordonnant à la préservation de la vie. Le savoir devient un devoir moral prioritaire, élargissant l'éthique à la nature et aux générations absentes.