

Guillaume D'AUVERGNE était un philosophe scolastique français, évêque de Paris et conseiller de saint Louis. Il est l’un des premiers maîtres parisiens à intégrer de manière systématique la philosophie d’Aristote dans une synthèse encore très marquée par saint Augustin, ce qui en fait une figure de transition entre l’augustinisme ancien et la scolastique "aristotélisée".
Il est souvent décrite comme une tentative de synthèse entre l’augustinisme théologique et une ontologie aristotélicienne passée par le filtre néoplatonicien d’Avicenne : cette intégration des sources arabes et antiques est encore intuitive et parfois ambiguë, mais elle prépare la grande scolastique (Albert le Grand, Thomas d’Aquin). Sa réflexion sur magie et religion est particulièrement originale : en opposant signe magique et signe sacramentel comme deux usages symétriques du signe, il lie la question de la causalité spirituelle aux notions de pacte, de volonté et d’agentivité, ce qui a attiré l’attention de recherches récentes sur l’histoire de la magie et des sciences "secrètes".
Ses oeuvres principales sont : - "De legibus" écrit vers 1228‑1230, examine la loi divine, naturelle et humaine et propose une théorie originale des sacrements : le signe sacramentel fonctionne comme le contraire exact d’un signe magique, celui‑ci reposant sur un pacte avec le diable alors que le sacrement repose sur un pacte avec le Christ. - "De primo principio" traite du "premier principe", c’est‑à‑dire de Dieu comme Trinité, en articulant arguments philosophiques et dogme trinitaire chrétien. - "De anima" écrit en 1230 aborde la nature de l’âme humaine et de ses puissances, dans le cadre de la réception d’Aristote, tandis que "De universo creaturarum" paru en 1231 propose une vaste cosmologie de l’univers des créatures.
En tant qu’évêque de Paris et maître en théologie, Guillaume se trouve au centre de la première phase de la scolastique parisienne "aristotélisante" et fournit un cadre doctrinal qui influencera des auteurs comme Bonaventure ou Thomas d’Aquin, même lorsqu’ils s’en démarquent.