

Gérard LEBRUN était un philosophe franço-brésilien spécialiste de la philosophie allemande, notamment de Kant et de Hegel. Peu connu du grand public, il a pourtant profondément marqué la manière de lire les grands textes philosophiques au XXᵉ siècle.
Il renouvelle l’histoire de la philosophie en refusant d’en faire un simple “mémorial” de grands systèmes figés; il lit les œuvres comme des textes vivants, traversés de tensions et de dissonances. Il insiste sur la nécessité, pour l’historien de la philosophie, de suivre la mobilité du texte et de ne pas séparer théorie et pratique: chez Kant, par exemple, il met en lumière la façon dont la pratique vient “limiter” la prétention théorique de la raison.
Dans "La Patience du concept" et d’autres travaux, il montre un Hegel qui ne sacralise pas le “fait accompli”, mais pense une rationalité de l’histoire où du hasard peut surgir de la nécessité. Il met aussi en évidence la place de la peur dans la dialectique hégélienne: peur qui dresse les individus à la soumission à l’État, ce qui permet à Lebrun de croiser Hegel avec une lecture nietzschéenne de la domestication humaine.
Il a influencé durablement l’historiographie philosophique francophone et brésilienne, en montrant comment une lecture exigeante des textes peut corriger bien des contresens installés, notamment sur l’héritage hégélien de Marx ou la portée de la critique kantienne.