

George SANTAYANA était un philosophe hispano-américain, né à Madrid et formé à Harvard, qui occupe une place singulière dans la philosophie du XXᵉ siècle par son alliance d’un naturalisme matérialiste rigoureux et d’une sensibilité littéraire, esthétique et religieuse.
Il défend un naturalisme radical : pour lui, tout ce qui existe relève de la matière et de ses configurations ; la conscience, la raison, la culture sont des phénomènes émergents de l’activité biologique et sociale. Il refuse cependant de réduire la vie de l’esprit à un simple épiphénomène sans intérêt : il prend au sérieux l’art, la religion, la morale comme réalités à expliquer, sans pour autant leur accorder un statut ontologique indépendant de la matière. - " Cette position lui permet de critiquer à la fois l’idéalisme allemand et un matérialisme scientiste étroit, en proposant un matérialisme humaniste.
Sur le plan épistémologique, il est un sceptique profond : il soutient qu’aucune proposition n’est « évidente » en soi et que la croyance en l’existence du monde extérieur (y compris celle de soi) ne repose pas sur une démonstration absolue, mais sur des besoins vitaux et des habitudes d’action. Dans Scepticism and Animal Faith (1923), il développe l’idée d’une « foi animale » : des convictions inévitables, nécessaires à l’action, que le scepticisme ne peut entièrement dissoudre, et qu’il faut assumer lucidement plutôt que de prétendre les fonder rationnellement. Il résume cette attitude en disant que le scepticisme est la « chasteté de l’intellect », à préserver jusqu’à ce qu’il puisse être échangé contre une fidélité mature.
Pour articuler son naturalisme et la richesse de la vie spirituelle, il élabore, dans The Realms of Being (1927–1940), une ontologie en quatre « règnes » : l’essence (formes et possibilités intelligibles), la matière (le monde physique, seul véritablement existant), la vérité (ensemble des propositions vraies) et l’esprit (la conscience comme activité émergente). Cette architecture lui permet de garder une place à la vie intérieure, à l’art et à la religion sans renoncer au matérialisme, en traitant les essences comme objets de pensée plutôt que comme entités séparées . Il accorde une importance centrale à l’esthétique et à une lecture naturaliste de la religion et de la morale. Dans The Sense of Beauty et La Vie de la raison, il analyse la beauté comme « plaisir objectivé » et montre comment religion, art et éthique s’enracinent dans la nature humaine et ses besoins, tout en remplissant des fonctions symboliques et existentielles précieuses. Son influence s’étend à la philosophie américaine, à l’esthétique, et à certaines formes de réalisme critique, même si son style littéraire et son indépendance d’esprit le rendent parfois difficile à classer dans une école précise.