

Franz ROSENZWEIG était un philosophe et théologien juif allemand et l’une des grandes voix du renouveau de la pensée juive. Il se forme d’abord dans l’orbite de l’idéalisme allemand, en particulier Hegel, mais va s’y opposer radicalement. Il critique l’idée de "totalité" qui engloberait et expliquerait tout ce qui est : pour lui, le réel est irréductiblement plural, composé d’éléments qui ne se laissent pas fondre dans un système unique. Il refuse la prétention de la philosophie à un "savoir absolu" qui surplomberait Dieu, le monde et l’homme. Sa démarche consiste à partir de l’expérience concrète, de la finitude et de la mortalité humaines, plutôt que de concepts abstraits de l’être.
Dans "L’Étoile de la rédemption", il propose une grande architecture de pensée à partir de trois "éléments" fondamentaux : Dieu, le monde, l’homme. Ces trois réalités sont distinctes, irréductibles l’une à l’autre : on ne peut ni ramener Dieu au monde, ni réduire l’homme à un moment d’un tout cosmique. Elles entrent en relation à travers trois mouvements : création (Dieu–monde), révélation (Dieu–homme) et rédemption (homme–monde).
Un point central chez lui est la compréhension de la révélation comme événement adressé à un sujet concret dans le temps. Dieu est pensé comme "existant suprême et totalisateur" mais qui se révèle dans des actes, des paroles, une histoire avec un peuple et avec des individus. Le temps devient le lieu où se déploient création, révélation et rédemption : il insiste sur la mortalité de l’homme, mais aussi sur une forme de "vie éternelle" déjà à l’œuvre.