

François AZOUVI est un philosophe français né au Mexique, directeur de recherches honoraire au CNRS et directeur d’études à l’EHESS. Spécialiste de la philosophie moderne (notamment Descartes et l’existence corporelle), il s’est orienté vers l’histoire culturelle et politique de la France contemporaine, en particulier la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et les mutations anthropologiques de nos sociétés.
Sa philosophie s’articule autour de deux axes : une réflexion sur la réception des idées philosophiques dans la culture française, et une analyse critique des récits mémoriels. Proche de Paul Ricœur (avec qui il a réalisé un livre d’entretiens), il explore comment les doctrines se diffusent et se transforment dans l’espace public, en lien avec les événements historiques.
Un de ses apports majeurs est sa déconstruction du « mythe du grand silence » sur la Shoah en France d’après-guerre. Contre l’idée d’une occultation collective d’Auschwitz, il démontre, à travers romans, films et discours publics dès 1944-1954, que la mémoire juive et la tragédie ont été précocement assumées, bien avant les années 1970. Dans Français, on ne vous a rien caché, il prolonge cette enquête sur la Résistance et Vichy, montrant un « mille-feuille » de récits qui forge l’identité nationale sans mensonge ni embellissement.
Plus récemment, dans Du héros à la victime, il diagnostique une « métamorphose contemporaine du sacré » : le déclin de l’héroïsme patriotique et judéo-chrétien (héritier de 1914 et du martyre) laisse place à une logique victimaire, où la reconnaissance de l’opprimé sacralise l’individu et engendre une « concurrence des victimes ». Il y voit, avec Bergson, une « loi de double frénésie » propre à l’ère des individus, où le sacré se réinvente en immanence, loin de toute transcendance héroïque.