

Evald ILIENKOF était un philosophe marxiste soviétique, l'un des penseurs les plus originaux et les plus courageux de la philosophie soviétique du XXe siècle. Né à Smolensk, il fit ses études à l'Institut de philosophie de Moscou et y enseigna jusqu'à la fin de sa vie. Dans un contexte où la philosophie soviétique officielle se réduisait le plus souvent à la répétition dogmatique du matérialisme dialectique stalinien, il entreprit de réhabiliter la dialectique hégélienne comme méthode vivante de la pensée, en montrant que le marxisme authentique ne pouvait se réduire à un dogme figé mais impliquait une réflexion continue sur les formes de la pensée et de l'activité humaine.
Ses deux œuvres majeures, Logique dialectique (1974) et L'Idéal dans l'activité humaine, développent une conception originale de l'« idéal » comme forme de réalité sociale : l'idéal n'est pas pour Ilienkof une entité mentale subjective mais une forme objective inscrite dans les pratiques collectives, les outils, les institutions et le langage. Cette approche dialectique, qui articule Hegel, Marx et la psychologie de Vygotski, lui permit de mener des recherches pédagogiques remarquables sur l'éducation des enfants sourds-aveugles, démontrant par la pratique la plasticité de la conscience humaine. Son travail avec des élèves privés de sens s'opposait directement aux théories innéistes dominantes.
Isolé intellectuellement dans un milieu philosophique de plus en plus sclérosé, soumis aux pressions idéologiques de l'appareil soviétique qui lui reprochait son hégélianisme, il se suicida en 1979. Sa mort précoce priva la philosophie russe d'une voix exceptionnelle. Son œuvre, traduite tardivement en plusieurs langues, est aujourd'hui reconnue comme l'une des contributions les plus fécondes au renouveau du marxisme philosophique et à la réflexion sur les fondements de la cognition et de la pratique sociale.