

Emmanuel LEVINAS était un philosophe français d'origine Lituanienne dont la pensée a profondément renouvelé la philosophie du XXᵉ siècle en plaçant l’éthique au cœur de la métaphysique. Il rompt avec la tradition occidentale qui faisait de l’ontologie (la science de l’être) la «philosophie première». Pour lui, c’est l’éthique qui doit être fondement de toute philosophie. L’humain n’est pas défini d’abord par son être ou sa conscience, mais par sa responsabilité infinie envers autrui. Il écrit que «le sujet est structuré comme autre dans le même» : autrui n’est jamais totalement réductible à moi, mais m’oblige moralement dès que je le rencontre.
Son concept central est celui du visage (le visage d’autrui), développé notamment dans "Totalité et infini" (1961). Le visage n’est pas ici un ensemble de traits physiques ; il est la présence de l’autre comme vulnérable et inviolable. Devant ce visage, je ressens l’injonction silencieuse : «Tu ne tueras point». Autrui me convoque, m’impose une responsabilité qui ne vient pas d’une loi rationnelle, mais du simple fait de sa présence. Ainsi, il s’éloigne du théocentrisme : Dieu n’est plus l’objet d’un savoir, mais la trace de ce qui m’oblige, visible dans la souveraineté du visage.
Il reconnaît que la pure éthique du face-à-face doit se penser dans la société concrète. Quand un tiers apparaît — un autre "autre" —, apparaît la nécessité de justice : comment être juste entre plusieurs ? C’est dans ce passage que l’éthique se prolonge en politique et en droit, sans jamais perdre la priorité de la responsabilité individuelle envers autrui. La philosophie lévinassienne affirme que la transcendance n’est pas dans un au-delà abstrait, mais dans le rapport humain lui-même. L’humain accomplit sa véritable essence en répondant à autrui, dans la paix et la non-violence.