

Edward SAÏD était un intellectuel palestinien-américain, critique littéraire et professeur de littérature anglaise et comparée à l’université Columbia de New York. D’origine palestinienne et né à Jérusalem, il a grandi entre l’Égypte, les États-Unis et l’Europe, une expérience de déplacement qui a profondément marqué sa pensée sur l’identité, la colonisation et l’altérité.
Sa contribution la plus célèbre est l’essai L’Orientalisme : L’Orient créé par l’Occident* (1978), considéré comme le texte fondateur des postcolonial studies. Dans cet ouvrage, Saïd montre que l’« Orient » n’est pas une réalité objective mais une invention de l’Occident : un discours façonné par des siècles de domination coloniale pour mieux contrôler et représenter l’Autre.
Pour lui, l’orientalisme est à la fois un savoir et un outil de pouvoir : il ne s’agit pas seulement de décrire l’Orient, mais de le hiérarchiser, de l’essentialiser et de le rendre inférieur à l’Occident. Il analyse quatre thèses principales : la domination politique et culturelle de l’Orient par l’Occident, la dépréciation de la langue arabe, la diabolisation de l’arabe et de l’islam, et la défense de la cause palestinienne.
Sa pensée articule critique littéraire, histoire, philosophie et sciences politiques, en s’inspirant notamment de Michel Foucault (discours–pouvoir) et de Jacques Derrida (déconstruction). Il montre que la violence du colonialisme n’est pas seulement matérielle (conquête, pillage), mais aussi épistémique : une violence de la raison qui classe, essentialise et dévalue les « Autres » de l’Occident.
Intéressé par l’engagement politique, il a aussi défendu la cause palestinienne et la légitimité des revendications d’autodétermination du peuple palestinien, tout en reconnaissance du droit à une patrie juive. Il rejetait le repli identitaire et prônait une vision universelle qui défend les différences et les droits, tissant des liens entre classicisme et excentricité, histoire et actualité.