

Djemâm ad-Dîn al-AFGHĀNĪ était une figure centrale du réformisme islamique moderne, souvent considéré comme l’un des fondateurs du panislamisme et du « réformisme islamique ». Né dans une famille afghane, il a vécu et voyagé dans de nombreux pays musulmans (Inde, Égypte, Turquie, Iran, Europe), ce qui lui a permis de développer une pensée à la fois religieuse, politique et philosophique, orientée vers la résistance au colonialisme européen et la rénovation de la société musulmane.
Il soutient que l’islam n’est pas incompatible avec la modernité et la raison, et qu’il a même été à l’origine d’un grand élan philosophique et scientifique dans l’histoire musulmane. Il affirme que la révélation coranique appelle à la réflexion et à la compréhension du monde, ce qui justifie, selon lui, l’usage de la raison et des sciences modernes, sans pour autant remettre en cause les fondements de la foi (unicité de Dieu, prophétie, création). Sa philosophie consiste donc à libérer l’islam de ce qu’il appelle les « superstitions » et les traditions sclérosées, tout en gardant l’essence de la doctrine religieuse.
Un autre pilier de sa pensée est l’appel à l’unité de la communauté musulmane (l’ūmma) face à la domination coloniale et politique occidentale. Il considère que le déclin des pays musulmans vient moins de l’islam lui‑même que de la fragmentation politique, de la tyrannie des gouvernants et de l’ignorance des élites. Pour lui, la solidarité religieuse et la conscience d’une même appartenance doivent être au cœur d’un projet de civilisation islamique moderne, capable de s’approprier les sciences européennes tout en restant fidèle à des valeurs morales communes.
Il est un penseur rationaliste qui refuse de séparer foi et raison, et qui place la liberté et la responsabilité de l’individu au centre de la vie morale et politique. Il critique la passivité religieuse et les gouvernements despotiques, qu’il accuse de conforter la domination étrangère ; il défend donc une réforme politique parallèle à la réforme religieuse, incluant la critique du pouvoir absolu et la promotion de débats publics. À travers ses écrits et ses discours (comme ceux menés avec son disciple Muḥammad ʿAbduh et la revue al‑ʿUrwa al‑wuṯqā), il jette les bases d’un modernisme islamique qui inspirera ensuite de nombreux mouvements réformistes et nationalistes du monde arabe et musulman.