

Constantin KAVELINE était un historien, juriste et philosophe social russe, l'une des figures fondatrices de l'occidentalisme libéral russe du XIXe siècle. Professeur d'histoire russe et de droit civil à l'Université de Moscou puis de Saint-Pétersbourg, il fut l'un des animateurs du courant occidental dans le grand débat qui opposa occidentalistes et slavophiles dans les années 1840-1860. Son amitié avec Belinski, Herzen et Granovski le plaçait dans le camp des défenseurs de la modernisation de la Russie sur le modèle européen.
Sa philosophie de l'histoire russe, exposée dans son essai fondateur Regard sur la vie juridique de la Russie ancienne (1847), inaugure une nouvelle approche historiographique : contre les slavophiles qui idéalisaient la commune paysanne comme forme organique authentiquement russe, il soutient que l'histoire russe est un processus de développement progressif de la personnalité individuelle, depuis l'immersion de l'individu dans la famille et la tribu vers son émergence comme sujet juridique autonome. Ce processus, encore inachevé en Russie, est celui par lequel l'Occident est passé et que la Russie doit accomplir à son tour.
Sa pensée positiviste tardive, influencée par Mill et Comte, se reflète dans ses travaux sur la psychologie comme science empirique — Tâches de la psychologie (1872) — et sur les fondements scientifiques de l'éthique. Son engagement en faveur de l'émancipation des serfs et des réformes libérales des années 1860 illustre la cohérence entre sa philosophie et son action publique. Il représente le libéralisme réformiste russe à son meilleur : enraciné dans une analyse historique rigoureuse, ouvert aux Lumières occidentales mais soucieux des conditions spécifiques de la société russe.